Surmonter la fausse couche par Maud

Surmonter la fausse couche par Maud


Surmonter la fausse couche par Maud

Temps de lecture 5 min.

 

"Je m'appelle Maud Bonnet, j’ai 34 ans, je suis parisienne et j’habite dans le 18ème arrondissement. Je suis mariée depuis 3 ans et j’ai un petit garçon qui s’appelle Achille qui va avoir 19 mois. J'ai monté ma boite avec mon amie Audrey, athletic agency, une agence spécialisée dans le sport et le bien-être. 

Pour moi, le désir de maternité a été une suite logique. Je n'ai jamais été hyper attirée par les enfants mais j’ai toujours voulu en avoir. J’avais super envie de me marier avant et de profiter de ma vie de couple : de voyager, faire des weekends, aller au resto, faire des sorties… profiter de ma vie de femme, avec mes copines, de mes moments de sport. Après le mariage, j’avais une trentaine d’années, je me suis dit que c’était le bon moment, je l’ai senti comme ça et c’est venu assez naturellement.

"la fausse couche je ne l’avais pas vraiment imaginée..."

Après, et on ne s’en rend pas compte, quand on est jeune le seul truc dont on a peur c’est de tomber enceinte et quand on veut un enfant et bien on se rend compte que ce n’est pas si facile que ça, et qu’en fait ce n’est pas magique ! Du coup ça a pris un peu de temps pour moi parce que j’ai fait une fausse-couche, même si je suis tombée enceinte très rapidement, la fausse couche je ne l’avais pas vraiment imaginée... Pour moi c’était un truc qui devait arriver qu’aux autres, personne autour de moi ne m’en avait vraiment parlé, c’était un concept qui datait du moyen-âge quoi. Ça m’a traumatisée. Je ne m’y attendais pas. 

J’avais une gynécologue à Versailles mais je me suis dit que je n'allais pas aller jusque là-bas pour faire mes suivis, que j’allais trouver un médecin en face de mon travail pour faire mes ordonnances de prises de sang et que j’irais faire mes échographies dans des cabinets à droite à gauche. Et en fait je regrette énormément, et je ne le referai pas (maintenant je suis super bien suivie heureusement) parce que la médecin que j'ai consulté la première fois était très gentille mais pas assez professionnelle. Les échographies je les ai faites dans des cabinets spécialisés mais il n’y avait aucune humanité, et genre vraiment, j’avais l’impression d’être un morceau de chair, c’était atroce. 

Photographie Anais Ramos pour talm

L’échographie de datation, où tout allait bien, n’a pas du tout été agréable, mon mari était choqué, limite on ouvrait la porte pour papoter pendant mon examen. 

Mais c'est pendant l’échographie du 1er trimestre qu'on m’a annoncé brutalement : «de toute façon je n’entends pas le coeur, le coeur ne bat pas, laissez-moi faire » je ne comprenais pas ce qu’ils étaient en train de me dire « le coeur ne bat pas, de toute façon ça arrive tout le temps, il faut aller aux urgences maintenant » j’étais en état de choc, j'ai limite fait un malaise. J’étais assise par terre dans la rue avec mon mari, effondrée, 3 jours avant Noël... j’ai mis pas mal de temps à m’en remettre et à me dire bon je recommence, j’ai dû vraiment faire un deuil. J’ai eu beaucoup de ressentiment envers le personnel médical.. parce que l’annonce a été faite de manière ultra brutale, je n'étais pas bien suivie. En fait, cette première grossesse elle est arrivée comme ça..

"Il y a une sorte d’universalité dans les rapports entre mères, et même si on ne t’apporte pas d’aide, tu sens un soutien, une empathie."

J’avais annoncé la nouvelle à mon travail la veille, parce qu’on avait notre dîner de Noël et que du coup j’étais la seule à ne pas boire de champagne. Je l’avais annoncé super heureuse et puis voilà... après c’est très personnel mais je suis partie du principe que pour la deuxième grossesse je le dirais tout de suite aux personnes à qui il fallait le dire : au travail par exemple, je voulais me ménager. Il y a plein de choses que je n’ai pas voulu faire pareil la deuxième fois.  En tout cas, cette annonce de fausse couche a été super violente, j’ai halluciné. On ne m’a rien expliqué et on ma limite jetée sur le trottoir...

Après,  je suis allée aux urgences à Port Royal, je ne savais plus quoi faire, sauf que là-bas le malheur c’est qu’on attend avec beaucoup d’autres femmes, on voit de tout, on voit des femmes qui viennent accoucher et ça, ça me faisait m’effondrer. Le personnel médical a été super, j’ai été très bien prise en charge. Mais le problème c’est qu’à l’époque, le comprimé que je devais prendre pour provoquer un avortement n’était plus sur le marché, donc il a fallu faire énormément de pharmacies pour le trouver, tout le monde le refusait... j’ai galéré ! A l’hôpital, ils m’ont dit que si au bout de la 8ème pharmacie je ne trouvais pas le médicament, je devais revenir pour prévoir une opération. J’étais là mais c’est quoi ce délire ? On a fini par le trouver, heureusement, et j’ai même pu filer une de mes plaquettes à une amie qui a fait une fausse couche quelques jours après.

Photographie Anais Ramos pour talm

"le fait de le dire, ça a délié les langues, on m'a dit « moi aussi », et là j’ai compris."

Ce qui est sûr c’est que j’ai été super entourée par mes amis, ma famille, mon mari. Du coup après la fausse couche on l’a dit à tout le monde et on a été très soutenus. Et le fait de le dire, ça a délié les langues, on m'a dit « moi aussi », et là j’ai compris... J’ai fait un post sur Instagram pour en parler et j’ai eu tellement de réactions... J’ai parlé de la fausse couche mais aussi de la difficulté à tomber enceinte, des difficultés que toutes les femmes rencontrent, de la difficulté à être une femme tout court. J’ai eu des témoignages de femmes que je connaissais très bien, d'autres que je ne connaissais pas du tout ou que j’avais juste croisées. Mille histoires différentes. Juste le fait de savoir qu’on est toutes dans la même galère m'a fait du bien. Se soutenir les unes les autres, j’ai trouvé ça super important. Et j’ai retrouvé ça plus tard dans l’allaitement d’ailleurs, parce que j’ai eu beaucoup de soucis et ce soutien dans mon cheminement, j’ai trouvé ça fort.

 

Photographie Anais Ramos pour talm

Il y a une sorte d’universalité dans les rapports entre mères, et même si on ne t’apporte pas d’aide, tu sens un soutien, une empathie. Effectivement, ma fausse-couche a été un traumatisme. J’ai vraiment dû faire un deuil. J’ai fait deux mois de dépression, je ne pouvais pas en parler, mon mec ne comprenait pas, il m’a énormément soutenue mais au bout d’un moment il était passé à autre chose. Les gens autour de moi ne comprenaient pas non plus.

C’était aussi le moment où toutes les femmes autour de moi tombaient enceintes, tout le monde arrivait avec son annonce, avec son ventre... J’ai fait des soirées avec plein de gens où j’avais l’impression d’être seule, j’allais m’effondrer par terre dans les toilettes, je rentrais chez moi en pleurant. Je pensais ne pas m’en remettre. Du coup on a décidé de faire un petit voyage avec mon mari, en Colombie, j’avais besoin de faire une vraie coupure. Je me suis aussi mise à fond dans le boulot. Je suis partie faire du yoga avec une copine au Maroc... j’ai fait plein de petites choses pour me sentir prête à nouveau.

Et un jour je me suis sentie prête. Au bout de 6 mois on s’est dit « vas-y, on recommence! ». Je me disais que si ça m’arrivait une deuxième fois je n’arriverais pas à le surmonter. Mais finalement, on l'a fait."

 

rendez-vous la semaine prochaine pour la suite du talk avec Maud Bonnet