L'art de vivre ses grossesses par Salomée

L'art de vivre ses grossesses par Salomée


L'art de vivre ses grossesses par Salomée

Temps de lecture 5 min. 

 

"Je m’appelle Salomée, j’ai 33 ans. Je fais du conseil en freelance dans les secteurs de l’art de vivre et de la gastronomie, donc orienté food et lifestyle.

J’ai commencé dans la « bouffe » en 2013 quand j’ai ouvert un resto, puis j’ai ouvert un deuxième resto un an plus tard. À l’époque je n’avais pas d’enfant. Je suis tombée enceinte de mon premier enfant en 2016 et donc j’ai revendu mes parts juste avant d’accoucher. Mais sinon j’ai bossé jusqu’au bout, et depuis que j’ai arrêté les restos je suis à mon compte en freelance.

Au moment de la grossesse c’était un bon moment pour moi pour arrêter et passer à autre chose. Une autre phase de ma vie.

Au niveau du désir d’être mère, je le sais depuis que je suis ado. Je ne savais pas quand ni comment mais je savais que je voulais des enfants.

Mes deux grossesses 

J’ai eu deux grossesses très très différentes. La première grossesse c’était pour moi un vrai moment de grâce. J’étais en forme, j’étais heureuse, je me sentais forte, je me sentais belle. Je prenais du temps pour moi, j’irradiais, j’étais vraiment hyper là-dedans. Je trouvais les gens très gentils avec moi, du coup moi ça me mettait dans un état d’esprit super positif, et j’ai adoré cette première grossesse. Je m’étais vraiment dit à ce moment-là que je pourrais être enceinte toute ma vie.

Deuxième grossesse hyper différente. J’étais un peu malade, j’étais fatiguée, je le sentais, ça pesait. J’étais enceinte en confinement donc ça a tout changé, et surtout je n’avais pas cette force en moi. Je me sentais très vulnérable. J’avais hâte que mon bébé naisse et j’avais hâte de ne plus être dans cet état-là. Donc deux grossesses très différentes.

L'alimentation 

Au niveau de l’alimentaire et des interdits, et en tant que passionnée d’art de vivre et de gastronomie, pour la première grossesse je voulais tout bien faire. J’ai fait très gaffe, j’ai évité tout ce qui était interdit, j’ai évité tout ce qui était déconseillé. Pour les histoires de toxo, j’avais vraiment des contraintes et ça a été très frustrant pour moi, surtout que je n’avais jamais fait attention à ce que je mangeais, je n’ai jamais fait attention à rien. Et là : plus de cru, plus d’alcool, tout bien nettoyer, faire attention quand tu manges dehors. Moi je mange tout le temps au resto ! C’était hyper contraignant et très frustrant.

En post-partum, j’ai tout lâché : j’ai accouché et directement à la maternité, j’étais avec mes bouteilles de vin nature dans la chambre, je picolais, je mangeais mon poisson cru, tout ce que je n’avais pas eu le droit de faire. La charcuterie, le fromage, le lait cru, je me suis lâchée sur tout. Du coup j’ai fait des excès et je les ai payé après la grossesse, j’ai compensé.

Deuxième grossesse, j’étais plus détente sur les interdits, j’étais plus sûre de moi. Le fait de l’avoir vécu une fois, j’étais moins dans l’injonction. Je suivais moins les règles sans les comprendre, et j’étais plus à l’écoute. J’ai mangé du poisson cru parce que j’étais sûre de la provenance et de la fraîcheur, j’étais plus détente. J’étais plus à l’écoute de mon feeling et tout s’est bien passé. En fait j’étais moins terrifiée à l’idée du brin de ciboulette pas lavé. Je pense que c’est parce que c’était la deuxième fois, et j’avais plus confiance en moi.

 

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Ce que j’ai préféré pendant la grossesse

Il y a une grosse partie hormonale, tu es hyper boostée avec les endorphines etc, quelque chose de physiologique qui t’aide à trouver tout fantastique, ou pas. C’est à double tranchant mais moi ce que j’ai adoré c’est cette espèce de parenthèse, ça a un début, ça a une fin, c’est un truc délimité dans le temps, et je trouve que le rapport aux autres devient plus doux et plus agréable.

J’ai trouvé les gens gentils, attentionnés. Je trouvais les gens plus humains avec moi les deux fois. Il y a un rapport très privilégié aux autres quand tu es enceinte qui moi m’a ravie. Quand tu arrives dans ta famille, tu es un peu la reine. J’ai trouvé ça très sécurisant.

Et même dans la rue, je ne me suis jamais aussi sentie en sécurité qu’enceinte, c’est-à-dire que j’étais presque intouchable. Je sortais tard le soir, j’ai vachement fait la fête enceinte parce que j’étais très en forme. J’étais dehors, et je ne me suis jamais sentie en danger alors qu’en tant que femme en temps normal dans l’espace public, t’es quand même plutôt exposée. Là, enceinte, jamais, pas un seul instant.

C’est beau cette espèce de limite très mince entre la vulnérabilité et la force lorsque tu es enceinte. Moi j’ai adoré ce truc-là : tu es en même temps ultrasensible, à fleur de peau et vulnérable, et de l’autre côté tu te sens ultra « powerful ». Cette contradiction, cette ambivalence, j’ai trouvé ça hyper intéressant à vivre.

Ce que j’ai le moins aimé

J’ai eu beaucoup de mal à accepter d’appartenir au domaine public, je n’ai pas supporté les conseils des gens à qui je n’avais rien demandé, j’ai eu beaucoup de mal à supporter le fait que les gens veuillent absolument deviner le sexe de mon enfant alors que moi c’était quelque chose que je ne voulais pas savoir et que je voulais découvrir à la naissance.

Cette espèce d’intrusion, pas de tout le monde, mais très fréquente, c’est très pesant : dans le bus, dans la rue, il ne faut pas faire ci, il ne faut pas faire ça, assieds-toi, fais ci, fais ça. Tu devrais manger, tu devrais dormir, tu ne devrais pas te mettre au soleil …

Mais en fait, si je ne te demande pas ton avis, c’est que je n’en ai pas besoin. Et ça pendant 9 mois, c’est lourd.

Après mes accouchements, j’ai dû dégager quelque chose de l’ordre de la certitude qui fait que les gens ont très peu continué à me donner des conseils non sollicités, ils n’avaient plus l’espace pour le faire. Ça s’est arrêté quand j’ai eu mes bébés dans les bras. Plus personne n’est venu me donner son avis. Je pense que c’est parce que je dégageais quelque chose de plus en phase, moins dans l’incertitude. J’étais dans un autre état, je me suis sentie mère en portant mes enfants mais j’étais devenue mère aux yeux des gens. Ils n’osaient plus.

Dès que j’ai senti et dès que j’ai su que j’étais enceinte, j’avais déjà mon cerveau de mère qui s’était mis en route. J’étais déjà dans l’attention portée à mon futur enfant. Ça a été instinctif. Je ne veux pas que ce soit culpabilisant pour les filles pour qui ce ne serait pas le cas mais c’est vrai que c’est venu très naturellement et très rapidement pour moi, et j’ai adoré ça.

 

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L’accouchement

Je n’ai pas eu d’appréhension par rapport à l’accouchement. Je déteste les hôpitaux, je déteste les prises de sang, je déteste les piqûres mais quand tu es enceinte tu n’as pas trop le choix. Pourtant je n’avais pas peur de l’accouchement, j’avais assez hâte même, c’était pour moi la dernière ligne droite avant la rencontre, et je n’ai pas fait de préparation, ni pour le premier, ni pour le deuxième. Rien.

J’ai trouvé l’accouchement incroyable ! C’est une expérience dingue que ne tu vis sois pas du tout, et au mieux 1, 2, 3, 4 fois max dans vie. Donc la rareté crée le plaisir je trouve. J’avais envie d’en profiter au maximum. Je me suis dit « Vois ce que ça donne, et si tu y arrives, profite ! », et j’ai adoré les deux fois. De façon très différente, mais j’ai adoré.

La première fois, comme un premier accouchement, ça a mis des heures et des heures. Mais le temps est un peu particulier pendant ces heures, tu n’as pas trop la notion. Tout est un peu suspendu, toi tu es un peu déphasée aussi. Puis tu as ton objectif, tu vas droit devant, tu sais que ça arrive. Mais c’est presque un défi sportif, tu as un côté physique et mental, et tu sais pourquoi tu es là.

La première fois j’ai eu la péridurale, j’ai beaucoup souffert avant de l’avoir mais j’ai été immédiatement soulagée quand je l’ai eu. Et la deuxième fois, tout s’est mis en route tellement rapidement que j’ai dû négocier pour avoir la péridurale, j’ai réussi à l’obtenir mais le temps qu’ils me la fassent, j’accouchais. Mais au moins c’était très rapide !

Pour cet accouchement sans péridurale, c’est allé tellement vite que je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé, même aujourd’hui je ne saurais pas trop le raconter. Il y a un truc presque irréel, tu es là et pas là. Je ne sais plus comment je me sentais, je savais que ça se passait et que j’y étais. Je n’ai pas trop intellectualisé le truc, c’était express.

Le post-partum 

Après l’accouchement, je n’ai pas eu peur de mon bébé, ni la première fois, ni la deuxième fois. Ni peur de mal faire, ni peur de cette présence à côté de moi. C’était cool.

J’ai beaucoup souffert du manque de sommeil en revanche, physiquement ça a été très compliqué. J’ai haï mon postpartum la première fois parce que gros manque de sommeil, je voulais trop faire, sortir, voir mes copines, boire de l’alcool, m’occuper de mon bébé, et donc j’étais crevée, épuisée. J’en ai trop fait. Et la deuxième fois, je me suis écoutée, je n’ai rien fait. Je suis restée couchée. Ce n’est pas grave si tu ne sors pas, ce n’est pas grave si tu ne fais pas 1000 trucs, ce n’est pas grave si tu ne vois pas des gens. Ce n’est pas grave si tu disparais un peu de la vie sociale pendant quelques semaines. J’ai appris de mes erreurs.

J’ai considéré que la première fois ça a été une erreur de me mettre la pression sur faire des trucs, ranger la maison, recevoir, faire à dîner, être maquillée, être coiffée, être présente. J’ai été folle, j’ai voulu trop faire. Et la deuxième fois, c’était un bébé d’été. C’était en juillet, j’étais en vacances, je n’avais rien à faire, je n’avais pas de pression. Je n’avais pas de FOMO. Et puis virus, confinement, couvre-feu, tout ça. J’étais plus en phase avec le fait de rester tranquille. J’étais ok avec l'idée de ne rien faire.

La première fois j’étais vraiment dans une course à l’action. Il fallait que je l’habille tous les jours, qu’il soit hyper beau, présentable, bien habillé et moi aussi, qu’on sorte, qu’on voit des gens. J’étais vraiment dans la course quoi.

Le corps qui change 

Pour le premier enfant, j’ai pris beaucoup de poids, mais j’étais hyper à l’aise avec ça, je trouvais que ça m’allait bien. En revanche, après, j’ai eu du mal à me blairer. Je trouvais que ça ne m’allait plus, le ventre vide. Mon ventre me manquait énormément. Et je me trouvais tellement belle enceinte que là j’étais dans un entre-deux qui a duré longtemps et ça ne me plaisait pas du tout. Je portais ce poids-là.

Pour la deuxième grossesse, j’ai eu le schéma inverse. En résumé ça faisait premier bébé : grossesse géniale, post-partum compliqué, et deuxième bébé : grossesse pas terrible, je me sentais moins au top, et post-partum plus en phase. Donc il n’y a pas de règles !

L’accès à l’information

Avec Instagram, les émissions télé, les podcasts, je trouve qu’on a accès à beaucoup d’information, de détails techniques qu’on nous a longtemps caché. Déjà pour mon premier bébé, il y a 4 ans, je sentais que c’était déjà un mouvement en marche, de vouloir informer les femmes sur ce qu’il y a de moins cool, ce qu’il y a de plus dur, ce qu’il y a de plus dégueu.

Aujourd’hui je trouve qu’on est à fond là-dedans. J’étais dans les toutes premières de mes copines à faire un bébé donc je n’avais pas eu de conseils de copines proches. Et quand moi j’ai accouché et que je suis devenue mère, j’ai tout dit à mes copines. C’est-à-dire que j’étais hyper transparente sur ce que moi j’avais vécu si on me posait des questions. C’est vrai qu’il y avait des découvertes, les filles parfois tombaient des nues. Elles apprenaient des trucs qu’on ne te raconte pas trop quand on est jeune fille. Mais aujourd’hui, c’est plus courant !

 

Le conseil que j’aurais aimé qu’on me donne

Le meilleur conseil que j’ai eu c’est quand on m’a dit de m’écouter, de me faire confiance. Je crois que quand tu as une intuition, et c’est valable dans tous les domaines, il faut la suivre. Et ce n’est pas parce que tu ne l’as jamais fait, ce n’est pas parce que tu ne connais pas, ce n’est pas parce que c’est la première fois, qu’il ne faut pas te faire confiance.

On m’a donné ce conseil la première fois, j’ai tâché de le suivre, et c’est vrai que ça m’a beaucoup aidé je crois. C’est très générique et tu peux vraiment l’appliquer à tout, mais c’est très rassurant de se raccrocher à ce truc-là. C’est ton intuition, ton ressenti, et ton feeling. Il faut se faire confiance.

Ce n'est pas grave !

Dans les discours sur les maternités et la grossesse, je trouve qu’il y a toujours une enveloppe. On entend « ça c’est super, moi je l’ai trop bien vécu, moi j’ai fait ci, moi j’ai fait ça, ça c’est bien, ça c’est mieux ». Et en fait je pense qu’il y a plein de choses qui ne sont pas graves. Ce n’est pas grave de ne pas aimer être enceinte, ce n’est pas grave de ne pas aimer ton enfant tout de suite quand il arrive. Ce n’est pas grave de ne pas y arriver et de se sentir dépassée. Tout se met en route au rythme de chacun, en fonction du timing, des particularités de chacune, des schémas familiaux, si tu es aidée ou non, si tu fais un bébé toute seule ou si tu as un mec présent etc. Ce n’est pas grave.

Et ce n’est pas grave de ne pas vouloir d’enfant. Ce n’est pas une fin en soi, ce n’est pas une obligation et ce n’est pas un bonheur pour tout le monde. Ce n’est pas grave, et c’est hyper ok. C’est vrai que la maternité dans le regard des gens et de la famille etc, est vue comme une finalité de la vie d’une femme. Comme si aux yeux des gens, si tu n’as pas accompli ça, alors il te manque un truc. Et moi je crois qu’en fait, chacun ses besoins. C’est ok de ne pas faire d’enfants.

C’est déjà tellement compliqué de savoir ce que tu veux, que si en plus tu dois faire avec ce que les autres veulent pour toi, je crois que tu ne t’en sors pas. Donc voilà, juste se dire que chaque histoire est particulière et qu’il faut être ok avec tout ça. Le fait d’avoir un enfant c’est un choix conscient qu’on fait, ce n’est pas une finalité.

Le fait d’avoir une fille, ça a changé des choses pour moi en tant que maman. J’ai beau être dans une volonté éducative non genrée pour mes enfants, j’ai beau être dans ces démarches idéales, je ne vais pas mentir, pour moi c’est très différent d’être mère d’une fille. Je pense que c’est lié à la transmission, à l’histoire personnelle. Je vais voir comment ça se manifeste parce qu’elle n’a encore que quelques mois et qu’on ne se connait pas encore parfaitement, mais ça risque d’être différent pour moi.

Passer d’un à deux enfants

Je crois que la clé c’est d’être prête à ça, j’ai fait mon deuxième enfant quand j’en ai senti l’envie. J’ai attendu d’en avoir autant envie que pour mon premier. Je ne voulais pas en faire un deuxième tant que l’envie n’était pas aussi forte que pour le premier.

Ils ont du coup 4 ans d’écart, ce qui est pour certaines personnes beaucoup, et pour d’autres classique. En tout cas pour moi, c’était mon bon timing : il faut être prête et en avoir envie. Quand c’est trop tôt pour toi, c’est dur. Je ne me suis pas forcée, je n’ai pas tenu compte du contexte professionnel etc. J’ai juste attendu d’être prête physiquement et mentalement.

On entend tout le temps : « ce n’est pas le bon moment », pour telle ou telle raison. Pour moi le bon moment, c’est juste quand tu te sens prête, en forme, et que tu as envie, que tu as un désir. Il ne faut pas faire un deuxième pour donner un frère ou une sœur au premier, etc. Mais tout ça, c’est vraiment propre à chacune finalement !