La dépression prénatale par Priscilla

La dépression prénatale par Priscilla


La dépression prénatale par Priscilla

Temps de lecture 5min. 

 

"Je m’appelle Priscilla, je travaille depuis 8 ans à la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et mon rôle est d’accompagner les marques émergentes sur leur croissance. L’objectif est de les coacher sur la partie business. Je rencontre entre 60 et 75 marques par an, c’est chouette ! Je suis aussi maman, j’ai deux enfants, Jazzlyne qui a bientôt sept ans, et Djanys qui vient d’avoir deux ans.

 

Le désir de maternité

Je ne voulais pas être mère. J’ai toujours voulu adopter des enfants, je me disais qu’il y avait suffisamment d’enfants sur terre seuls, alors pourquoi en faire d’autres ? C’est un peu la logique de la seconde main dans l’habillement, pourquoi en créer de nouveaux alors qu’il y en a déjà (rires). J’ai toujours eu cette volonté d’adopter des enfants, mais en grandissant je me suis rendu compte que c’était vraiment le parcours du combattant, et comme j’étais en bonne santé, en couple, forcément je n’allais pas être prioritaire et donc cela risquait d’être difficile si je souhaitais emprunter cette voie.

En tout cas je n’avais pas ce désir viscéral d’avoir des enfants, tout de suite. J’ai perdu ma maman très jeune, à onze ans, et j’ai élevé mon frère qui en avait sept. J’ai joué ce rôle de petite maman assez tôt donc je voulais aussi prendre mon temps, le temps de voyager, de faire ma vie, de sortir, d’avancer dans ma carrière ! Et un jour c’est venu, comme quelque chose de compulsif. J’avais trente et un ans. 

Je me suis rendu compte qu’autour de moi il y avait beaucoup de parents qui n’avaient pas foncièrement changé leurs habitudes en le devenant, ils continuaient à partir en vacances, à avoir une vie sociale riche. Je me souviens d’une fille qui me parlait du trek qu’elle avait fait avec son bébé de six mois…  Je m’étais dit qu’il y avait d’autres façon de faire, qu’en fait ça pouvait être cool !

 

La préparation

Je me suis dit « bon allez, j’arrête la pilule. En revanche on ne va pas tester pendant quarante ans, si dans six mois ça ne fonctionne pas, c’est mort. ».

Finalement je suis tombée enceinte assez rapidement et la grossesse s’est très bien passée. J’étais suivie par une amie sage-femme qui est très nature, très bio, j’étais très entourée. Elle m’a expliqué plein de trucs, elle me parlait autant de l’allaitement que de la préparation. Elle m’a préparé en piscine donc c’était assez chouette. C’était hyper fluide, je n’avais aucune douleur. Je ne me privais de rien. Je vivais la grossesse comme j’avais envie de la vivre. C’était instinctif et intuitif, j’avais notamment une obsession sur les flans, j’arrivais vraiment tous les jours avec mon flan au bureau !

Je faisais beaucoup de piscine, d’aquagym et pourtant quand je me vois en photo j’étais une méga patate (rires).

J’avais très peur des vergetures, alors on avait un rituel avec mon mari, tous les soirs il me massait avec une huile que m’avait concoctée mon amie sage-femme à base d’amande douce et de calendula. Et donc tous les soirs il y avait un contact qui se faisait avec le ventre. Au fur et à mesure des mois et des massages, on voyait que le bébé réagissait, c’était génial. Je n’ai pas de balance chez moi mais je pense qu’à la fin j’ai dû prendre vingt kilos. Mais vraiment je n’en avais rien à faire !

 

L’accouchement

Pour les deux bébés je n’ai su le sexe qu’après l’accouchement. Quand on a posé Jazzlyne sur moi je me souviens m’être dit : « Maintenant il y a elle, le monde, et entre elle et le monde, il y a moi ». Je me suis sentie comme une guerrière. Si je dois me battre, c’est pour elle. Je suis encore émue aujourd’hui en en parlant.

Au début, je ne voulais pas du tout allaiter. Mais pendant le peau à peau elle s’est dirigée vers le sein et tout s’est fait très naturellement. Un vrai petit mammifère. Et donc je n’ai pas pu lui refuser. Ça a démarré comme ça. Ça a duré quatre mois jusqu’au moment où je suis tombée un peu malade et ça s’est arrêté d’un coup. J’étais triste, c’est dur l’arrêt de l’allaitement et on ne parle pas assez de cette peine je trouve. Tu coupes quelque chose. Je me disais « Mais comment je vais faire maintenant, elle n’aura plus besoin de moi ! ».

La révélation de la maternité ça a donc vraiment eu lieu à ce moment-là, quand je l’ai eue sur moi. C’est hyper primitif. Avec Jazzlyne, je voulais vraiment prendre le temps de m’en occuper, de la découvrir. J’étais fascinée par ce nouveau rôle, il fallait que je la découvre et que je me découvre aussi en tant que maman.

 

La dépression prénatale

Pendant mon deuxième trimestre de grossesse, j’étais très déprimée. J’avais l’impression de revivre mon adolescence qui a été un peu mouvementée, notamment avec le décès de ma maman. J’étais en dépression. J’étais triste, et tout le monde me disait que c’était les hormones. Je leur répondais « non, ce ne sont pas les hormones, je parle d’un vrai ressenti ! ». J’utilisais le mot « déprimée » alors que c’est un terme que je n’utilise jamais en temps normal. Je me souviens d’avoir appelé mes amies en pleurs, je me sentais perdue et tellement désorientée ! J’étais aussi devenue un peu agressive alors que d’habitude je suis plutôt dans l’harmonie, la rondeur.

Physiquement, je n’ai pas eu de douleurs particulières mais c’est vraiment cet aspect émotionnel que j’ai trouvé horrible.

 

Le fait de ne plus avoir de maman amenait beaucoup de femmes autour de moi à me donner des conseils non sollicités. Elles voulaient participer à ma grossesse de manière bienveillante mais moi, ce dont j’avais besoin c’était de ma mère. C’est vrai que pendant la grossesse j’avais l’impression que mon corps ne m’appartenait plus, je me souviens même que des gens dans la rue voulaient toucher mon ventre. C’est vraiment intrusif. Cela a dû contribuer un peu à cette vulnérabilité émotionnelle.

J’ai aussi eu très peur de mourir. J’avais peur de faire un enfant et de mourir demain, d’abandonner ma famille. Je me suis projetée dans ma propre histoire en devenant maman. Et pour gérer cela après l’accouchement j’ai décidé de consulter une personne spécialisée dans l’accompagnement des femmes enceintes et jeunes mamans justement. Cette personne me disait que je n’étais pas la seule dans ce cas-là.  Elle me disait qu’en cas de deuil, même si j’avais l’impression de bien vivre avec ce décès, l’absence nous suivait toute la vie. Ça m’a beaucoup rassuré. Et puis je suis par ailleurs très bien entourée : j’ai un frère dont je suis très proche, j’ai mon père, ma belle-mère, et les parents de Fred mon mari qui sont super. Et mon couple est fort !

Mais j’avais vraiment l’impression de redevenir une enfant à qui il fallait tenir la main, et forcément je n’avais pas celle que je voulais. Donc j’ai vraiment voulu prendre ce temps avant de repartir pour une nouvelle histoire avec un second enfant. Et c’était chouette de faire les choses de cette façon.

Etre une « jeune maman »

J’emmenais ma fille partout, elle était tout le temps avec moi. On allait au resto, au café, au musée. Je me souviens d’avoir fait plein d’expos avec elle. C’était rassurant de me dire que je pouvais faire tout ça avec un enfant. Ça m’a conforté dans mon choix de devenir mère.

Devenir maman m’a aussi beaucoup changée. Je suis un robot en temps normal et c’est pratique sur plein de trucs (rires), mais pour moi ça veut aussi dire créer des barrières très hautes autour de moi pour ne pas subir de blessures, de stress par exemple.

Sauf que ça m’empêche de ressentir beaucoup de choses. Je ne suis pas très tactile en temps normal, pas très câlin, je ne suis pas très expressive sur mes sentiments non plus. Et devenir la maman de Jazzlyne, ça a bien fendu l’armure, elle a créé un chemin direct jusqu’à mon cœur. Et pour moi c’est bouleversant d’assumer cela.

D’ailleurs, quand je n’avais pas encore d’enfants on me disait souvent au sujet de l’amour inconditionnel « tu ne peux pas comprendre ». Elle est chiante cette phrase, je n’en pouvais plus de l’entendre… c’est chiant mais c’est vrai (rires) ! J’ai enfin compris et ressenti cette notion d’amour absolu avec l’arrivée de mes enfants.

 

Avoir un deuxième enfant

Je n’arrêtais pas de dire que je ne pourrais pas faire un deuxième enfant, que jamais je ne pourrais aimer quelqu’un comme j’aime Jazzlyne. Cela me paraissait impossible.

Je suis très proche de mon frère, et Fred a quatre frères et sœurs, et cette notion de fratrie je l’aime bien. Je trouve qu’on partage quelque chose de chouette et de fort. Ça nous permet d’affronter la vie. Donc on s’est décidés malgré tout !

Quand je suis tombée enceinte, mon père tombait malade en même temps, donc on a vécu la grossesse en parallèle de sa chimio. J’étais également beaucoup plus fatiguée globalement, avec un investissement au boulot très intense. Ce qu’on a découvert aussi a posteriori, parce que j’avais eu pas mal de douleurs aux pieds, aux chevilles, c’est que j’ai développé une maladie qui s’appelle la polyarthrite rhumatoïde en parallèle de la grossesse, et les médecins ne savent pas si c’est à cause de la grossesse ou non…

Avec l’arrivée de mon fils, j’ai découvert autre chose. Alors qu’avec Jazzlyne j’ai toujours eu en tête la définition même du mot « éduquer », c’est-à-dire « emmener hors de, accompagner hors de », c’est-à-dire que je voulais la préparer au mieux pour le monde extérieur, pour Djanys j’ai été en mode protection absolue du monde extérieur. A la maternité on lui a détecté un problème au cœur potentiellement grave.

C’est à ce moment-là qu’on m’a conseillé de l’allaiter le plus longtemps possible pour l’aider à surmonter au mieux cette malformation, j’ai tenu un an. L’allaitement ne s’est pas passé de manière aussi fluide qu’avec Jazzlyne. Vu que c’était un gros bébé qui s’essoufflait vite pendant qu’il mangeait, il fallait allaiter toutes les deux heures, c’était difficile…

Je me souviens d’avoir ressenti comme des décharges électriques qui me traversaient tout le corps quand je l’allaitais et de ma fille qui me tenait la main et qui me disait « ça va aller maman ». Je me disais que son cœur avait besoin de ces défenses, que c’était ma mission, c’était presque un devoir, je me disais qu’il fallait que je lui donne des armes pour qu’il affronte ce truc. Je n’avais pas le choix en fait !

Je n’ai pas pu reprendre le travail aussi rapidement que prévu, ce n’était pas possible en fait avec un bébé fragile qui avait besoin de moi à ce point. Mes collègues étaient au courant et ont été géniaux, ils ont tout géré en mon absence. Mon boss a été aussi extrêmement compréhensif et m’a simplement dit de prendre le temps qu’il fallait, qu’ils allaient tous s’arranger. Ils m’ont tous dit de revenir seulement quand je serai prête.

J’ai eu un congé maternité long mais je n’ai pas chômé.  On avait un rendez-vous hebdo à Necker, et j’ai dû attendre plus de six mois avant que les médecins me disent qu’on pouvait écarter la piste de l’opération à cœur ouvert. Ça a été très difficile, et même si les médecins ne t’angoissent pas trop, on nous donne quand même des informations de surveillance et de vigilance notamment sur l’observation de sa respiration.  On nous a dit de surveiller et de venir immédiatement s’il devenait bleu... du coup, je ne dormais plus, je veillais sur lui constamment. J’étais dans une hyper vigilance constante. Moi qui suis très laxiste de base, limite « fais ta vie, mange de la terre, ça renforcera ton système immunitaire », là j’agissais comme une louve. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui il soit hyper collé à moi.

Aujourd’hui il va mieux, on a rendez-vous plus qu’une fois par an pour un suivi à l’hôpital, tout est rentré dans l’orde.

La prochaine étape pour lui et moi, c’est de réussir à faire en sorte qu’on se détache un peu. C’est un autre stade dans la relation. Je me rends compte que le détachement doit venir de lui, mais aussi de moi. Je sens qu’il y a un travail à faire !

 

Les conseils pour affronter les imprévus

Ce qui m’a permis de relativiser, et notamment par rapport aux problèmes de santé de Djanys à la naissance, c’est quand je pensais à une amie qui a eu une petite fille atteinte d’une maladie orpheline et qui n’a jamais baissé les bras. J’ai beaucoup d’admiration pour elle et pour sa famille, qui est pour moi l’exemple par excellence de la combativité, de la résilience, et ça m’a donné beaucoup de force.

Quand mon fils était hospitalisé, je me répétais tout le temps « ce n’est pas grave, si c’était grave je le saurais ». Je me disais que mon fils était une force de la nature, et que je lui donnais toutes les armes pour faire face. J’y suis vraiment allé avec cet état d’esprit. J’étais convaincue que combattre la maladie psychologiquement était important. Je devais y croire. Mon fils et moi on était ensemble dans ce combat. Maintenant il va falloir s’ouvrir aux autres, et ça, ce n’est pas évident. Ça va prendre du temps.  

En tout cas, la maternité, c’est vraiment quelque chose d’incroyable. Avoir quelqu’un en face de toi qui te regarde comme si tu étais un super héros, c’est vraiment le truc le plus extraordinaire qui soit je trouve.