Le projet entrepreneurial et la maternité par Alexandra

Le projet entrepreneurial et la maternité par Alexandra


Le projet entrepreneurial et la maternité par Alexandra

Temps de lecture : 4 min.

"Je m’appelle Alexandra, j’ai monté un bureau de conseil en stratégie de marque et j’ai une petite fille qui a bientôt 3 ans. Je vis à Paris dans le 11ème arrondissement avec mon compagnon, Romain.

Le désir de maternité

C’est un désir qui est venu petit à petit, un peu après 30 ans, car ca correspondait au chemin dans l’histoire avec mon compagnon.

Sont venus après les questionnements sur le moment de le faire. Avec l’impression que ta vie devient soudainement un Lego : où est ce que tu vas glisser la brique ‘enfant’ ? Pour que tout tienne debout, pour que ce soit le moment où tu es disponible psychologiquement, où tu es un peu solide sur des appuis etc.

C’est vraiment quelque chose que j’ai trouvé très dur pour les femmes, les hommes n’ont pas vraiment à se poser la question. Alors que si tu aspires à avoir une carrière, il faut vraiment organiser les choses, ce n’est pas le fait du hasard. Est-ce que tu le fais à un moment où tu es plutôt confortable dans ton job ? Mais après, est-ce que tu auras le courage de te jeter dans le vide pour de nouveaux projets ?

Je voulais monter mon bureau et en passer par une expérience complémentaire avant, il fallait attendre un peu. Comme on n’était pas vraiment pressé, on pouvait se le permettre. Je trouve qu’il ne suffit pas juste de se dire « oui j’en ai envie » et d’y aller. Tu n’as jamais le moment parfait, mais il y a des moments plus opportuns que d’autres dans ton parcours.

J’ai eu une approche rationnelle concernant la décision du moment pour devenir mère, mais la partie émotionnelle et plus psychologique, et physique, je ne l’avais pas anticipée. Elle arrive après.

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Le projet entrepreneurial et la maternité

Le projet de fonder mon bureau de conseil, je l’avais en tête depuis longtemps. On pourrait croire que monter ce projet enceinte c’est plus compliqué, mais finalement, pas plus qu’à un autre moment. Quand tu travailles, avec de gros horaires et beaucoup de stress, tu n’as pas la disponibilité d’esprit de mettre en place un projet dans ta tête. Difficile de t’y pencher après une journée dense, de 22h à 23h… Alors que là j’avais mon congé maternité qui m’aiderait à la construction de mon entreprise, et le temps de me poser un peu. J’aurai sans doute pu profiter de ce moment pour avoir plus de temps pour moi, mais j’ai un peu du mal à ralentir, ça m’angoisse. Et je trouvais ça très intéressant de se lancer dans cette aventure, je découvrais plein de choses, alors je ne le ressentais pas non plus comme du ‘travail à faire’.

Le projet même d’entreprise a changé en revanche. Si j’avais monté ce bureau avant d’être enceinte, il aurait été très différent. Je n’avais pas les mêmes aspirations. La maternité m’a profondément changée dans ma conception de beaucoup de choses, notamment la mesure de ce qu’on entendait par la ‘réussite’. En devenant mère, tout a changé, notamment mon rythme : la vie quotidienne, l’emploi du temps, la liberté…Et aussi de ta perception des choses, tes convictions, de ce que tu pensais acquis et que tu ne changerais jamais.

Mais ça a été le changement le plus incroyable que j’aurais pu imaginer, un bouleversement très heureux. Car tu découvres aussi que tu peux aimer plus que tu ne l’aurais jamais imaginé, et que forcément, ca redessine tes priorités en fonction

Je me suis lancée dès la fin de mon congé maternité, mais pendant presque 6 mois, je ne travaillais pas le mercredi pour m’occuper d’elle. Et je suis avec elle tous les soirs à 18h, quoi qu’il arrive, encore aujourd’hui. Ça, je n’aurais pas pu forcément le faire en étant salariée. Car il y a une culpabilité vis-à-vis de toi-même, une crainte du regard des autres, alors que c’est une pression mentale, qui n’est même pas une question de rapport au temps. Je suis consciente de ma chance sur ce point, alors j’en profite.

En revanche, en conséquence, ça veut dire que le reste de la journée est intense. Je ne fais pas de pause. 

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La préparation

Au début de la grossesse, j’avais tout un tas de choses à découvrir. Je l’ai pris un peu de manière méthodique, comme un ‘sujet’ à défricher. Tu ne connais rien, tu ne comprends rien, tu n’as pas le vocabulaire ni les codes, alors il faut s’y plonger. Et tu commences à trouver tes marques, enfin.

Et puis la grossesse touche à sa fin, et ça y est tu es un parent. Et c’est là que ca commence vraiment, et tu ne sais vraiment pas comment tu vas t’en sortir ! On te parle beaucoup de l’avant grossesse, du pendant, de l’accouchement, mais finalement pour la suite on ne t’a rien appris. C’est pourtant bien le plus important. Et le plus compliqué.

 

Etre une « jeune maman »

Je me rends compte que ça ne fait pas longtemps que je ne me considère plus comme une ‘jeune maman’, alors que ca fait presque 2 ans et demi que j’ai eu ma fille. Je pense que ce qui m’a fait passer de ‘jeune maman’ à ‘maman’, c’est la capacité à me dire que ça y est, mon avis, c’est le bon. Qu’à part son père, les autres ne savent pas mieux que nous. Evidemment je fais des erreurs, mais au moins j’ai l’impression de faire les choses en accord avec mes convictions et c’est là que ça a changé. A 6 mois, si quelqu’un te dit « Il faut que tu fasses ça », tu écoutes, tu y vas. Et tu passes ton temps à recevoir des avis contradictoires, alors tu es encore plus perdue.

J’ai l’impression que tu n’es plus une jeune maman à partir du moment où tu sais dire ce qui convient à ton enfant. Tu es capable de dire « Je sais ce qui marche, dans mon histoire à moi, avec ma fille ».  Et personne ne le sait mieux que vous.

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Les conseils

Une amie m’avait dit « Savoure les petites victoires. Ne considère jamais rien comme acquis. Ce n’est pas parce qu’elle dort maintenant qu’elle dormira demain - et le sommeil c’est un vrai sujet !  Ce n’est pas parce qu’elle mange maintenant qu’elle le fera après. » Et elle avait tellement raison. A chaque fois que tu crois que tu as coché une case, en fait elle ne l’est que temporairement. Mais c’est ce qui est génial dans le fait d’être parent, ça bouge tout le temps, jamais rien n’est figé. Ça te force à toujours questionner ce que tu fais, à te remettre en question, et ce mouvement est très beau. L’évolution constante est géniale. Ça donne un rythme à la vie. Chaque jour est mieux que la veille, et chaque âge mieux que le précédent. En tout cas jusque là !

Tu te dis sans cesse que ça ne pourra pas être mieux, et en fait si. Oui bien sûr quelque chose d’incroyable se passe à la naissance, mais pour moi ce n’est pas tant ça. La relation elle se construit après. Tu n’es pas parent car tu as porté l’enfant, ou qu’il a tes gênes. Tu le deviens en veillant la nuit, en faisant des câlins, en séchant les larmes. Je ne suis pas devenue mère le jour où l’on a posé ma fille sur moi. Je le suis des souvenirs que l’on a créé ensemble.

 

Combiner carrière réussie et rôle de mère investie

J’ai lancé mon entreprise dans un secteur et un métier que je connais bien, alors c’était sans doute plus facile que pour que celles qui se lancent dans l’entrepreneuriat en réinventant aussi leur métier.

En revanche, la combinaison des deux rôles demande beaucoup d’organisation. Tu dois mettre tes priorités quelque part. Tu prends sur ta liberté personnelle. Tu consacres beaucoup de temps à ton enfant et à ton travail. Tu n’as pas le temps de flâner, il faut se donner les moyens de pouvoir profiter des deux vies, d’être entièrement à chacune d’elle. Sans qu’elles ne s’entremêlent trop, l’équilibre est toujours fragile. Car monter sa société, c’est aussi un investissement personnel très fort. Alors il faut trouver la bonne balance, écrire tes propres priorités.

Tout ça ne te laisse pas beaucoup de temps pour toi, toute seule. Heureusement que j’adore mon métier, alors je n’ai pas vraiment l’impression de travailler ou de m’oublier dedans.

 

Le féminisme

J’ai une fille, et ça m’oblige avec tout ce qui se passe aujourd’hui, à essayer de transmettre certaines valeurs. Je suis profondément féministe, et comment tu transmets ça ? Comment tu l’aides à se construire ? Comment tu projettes une image du féminin hyper positive ? Comment lui faire comprendre que rien ne l’arrêtera, qu’elle pourra tout faire ? Tu fais tout pour ne jamais qu’elle ait l’idée que parce qu’elle est une fille, elle est prédestinée à certaines choses. C’est un combat de chaque instant. Il y a plein de petits détails dans la vie qui font qu’il faut toujours faire attention. Je suis tellement contente d’avoir une fille. Tu sais que tu participes d’une façon à construire quelque chose de différent. Il y a un vrai enjeu sur ce sujet-là.

 

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La place du père

Je ne veux pas parler à la place de mon compagnon, de son rapport à la paternité ou de son rôle car ça lui appartient. Mais je trouve seulement ça beau ce nouvel équilibre qui se crée quand tu passes de couple à famille. Comment chacun transmet un peu de ce qu’il est. Et crée sa propre complicité. Tu fonctionnes à 3, mais aussi avec des duos au sein de ce trio.

Mais pour parler du père ‘en général’, je pense qu’il y a un sujet de société fondamental autour du congé paternité. Ça semble être un détail à certains, mais c’est tellement une des racine du problème des inégalités entre les femmes et les hommes.

Car ca déséquilibre les responsabilités à la base. Quand tu sors de la maternité, pendant le congé paternité, tu es en égalité totale. Mais ensuite, quand le père retourne travailler, la charge va commencer à se déséquilibrer, tu deviens le référent car tu es la personne présente toute la journée. Et plus le temps passe, plus ce rapport s’inscrit dans les esprits. L’égalité c’est là aussi qu’elle se construit.

C’est un non-sens aussi : soit tu considères que c’est aux femmes de s’occuper des enfants et c’est pour ça que tu leur donnes un congé maternité. Et là on a clairement un problème de conception du monde. Soit tu penses que c’est les femmes qui ont accouché, et que donc il faut qu’elles se reposent et c’est pour ça que tu leur donnes un congé maternité. Et là on a un autre problème car qui peut vraiment se reposer avec un enfant d’un mois à gérer toute seule ?

Donc en fait dans un cas comme dans l’autre, c’est injuste. Le congé paternité, ce n’est pas juste une question de jours de repos. C’est une vision de société.

 

La maternité, un sujet important

Les personnes qui ne veulent pas d’enfant se font toujours questionner sur le sujet, déconsidérer , entendre dire ’tu changeras d’avis’... mais ca va transformer ta vie, alors tu as quand même le droit de choisir de ne pas le faire ! Même chose quand tu as un enfant, on te demande toujours pour quand est le deuxième, puis le troisième etc. Comme si ça n’était rien, un tout petit changement. Pour moi c’est la plus grande des joies, mais aussi la plus grande source de responsabilités. Et tout sauf un sujet léger. Alors ça mériterait d’être traité avec un peu plus de considération et de sérieux, sans infantiliser ni le sujet ni les femmes."