Décider de son destin par Clotilde

Décider de son destin par Clotilde


Décider de son destin par Clotilde

Temps de lecture 5 min.

 

"Je m’appelle Clotilde, j’ai 45 ans, je travaille au sein d’une grande maison de luxe dans la beauté, et j’ai la chance d’avoir deux petits garçons, des petits jumeaux, qui sont nés il y a bientôt 3 ans et demi, et notre histoire est assez atypique.

J’ai grandi dans une famille assez conservatrice du 16e arrondissement à Paris, j’ai reçu une éducation catholique dans une école de filles, et je n’avais pas complètement anticipé que ma vie prendrait ce tournant.  Je m’étais toujours dit « plus tard j’aurai une famille » jusqu’au jour où arrivent mes 35 ans, et je pars à Londres pour ma carrière. Lors d’une visite annuelle à ma gynécologue, je lui demande de me faire faire un test de fertilité - je voulais savoir par curiosité, j’avais lu que c’était possible - le test est très simple à réaliser, il s’agit d’un test sanguin.

A la lecture du test, elle m’annonce que sur une échelle de 0 à 10 ma fertilité est au niveau de 1. Et à l’époque j’avais donc 37 ans. Bien sûr, j’étais dévastée, je m’imaginai déjà ne pouvant jamais avoir d’enfants. Elle dit que ça n’était pas impossible mais que ça allait être très compliqué pour moi. Je bossais comme une dingue, et Londres est une ville difficile où tout va à tout allure. J’ai été évidemment perturbée par cette mauvaise nouvelle, et puis comme je n’avais pas d’histoire d’amour sérieuse, je me suis lancée à corps perdu dans mon boulot, je me suis dit « c’est ce qui me reste et ça ira bien ». Je m’attachais à connaitre Londres, à voir des amis, à me faire des contacts personnels et professionnels. Cette ville est un véritable tourbillon ! Quand on y est seule, ce n’est pas très facile de s’installer. Puis, j’ai bossé, bossé, bossé, et au bout d’un an (j’avais à l’époque tout juste 38 ans) j’ai voulu être sûre d’avoir fait le tour de toutes les solutions avant d’abandonner.

Je suis allée voir une clinique de la fertilité recommandée mon médecin, je n’ai même pas fait de benchmark, je suis allée vers celle qui n’était pas trop loin de chez moi, pour que ce soit simple. C’était des spécialistes de la PMA : la procédure classique, pour les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants, protocoles de FIV, etc… J’ai raconté mon histoire au médecin, il m’a posé plein de questions et a réalisé que ma gynécologue m’avait fait faire un test de fertilité …en me prescrivant la pilule, alors que le principe de la pilule est justement d’arrêter la fertilité ! Il a refait le test, et j’ai obtenu un résultat de 8 au lieu de 1. Dans une espèce de semi-conscience, j’ai réalisé qu’il y avait un espoir !

Cette étape m’a vraiment confirmé que c’était important pour moi d’être mère et qu’il fallait absolument mettre toutes les chances de mon côté pour avoir peut être un jour un enfant. Ce médecin m’a parlé de la congélation d’ovocytes. Je n’avais aucune idée que ça existait parce qu’en France on n’en parlait pas et que c’était illégal. J’avais pile l’âge où ça devient critique. On dit qu’à 38 ans la fertilité commence à baisser significativement. Je me suis lancée, j’ai réussi à faire une congélation d’ovocytes quelques mois plus tard. C’était une démarche un peu fastidieuse mais supportable. J’ai eu de la chance, je l’ai bien vécu physiquement, il y a beaucoup de femmes pour qui c’est un peu plus une épreuve. Toutes celles qui passent par les FIV connaissent bien ces démarches.

 

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C’est fastidieux aussi quand on fait les démarches seule. Les piqures à heures fixes, les médicaments, le protocole… Il y a eu cet infirmier qui a dit « il est où votre mari pour vous raccompagner après l’opération ? ». Et bien justement le sujet c’est que je n’ai pas de mari, sinon je ne serais pas là ! Ce n’est pas facile quand on est seule, on aimerait mieux que ça se passe autrement, que ça soit naturel et faire tout ça avec quelqu’un qu’on aime. Et puis on doit se préparer aussi à un éventuel échec. Mais je me suis toujours dit « il faut profiter de cette chance que la médecine te permette ça. » J’étais portée par l’action. Quand il y a quelque chose qui ne va pas, j’ai toujours eu besoin d’agir, je fais tout pour que ça aille dans le bon sens, c’est ma nature, et si ça ne marche pas au moins je me dis que j’aurai essayé. 

Être dans l’action me remontait le moral et me redonnait espoir. Au début je ne me disais pas du tout « je vais faire un bébé toute seule », je me disais « je prends mes précautions pour avoir plus de temps ».  Je n’ai pas caché cette démarche, je ne l’ai pas raconté à tout le monde bien sûr, mais mes amis proches et ma famille le savaient. Ma famille me soutenait, il n’y a pas eu de mauvaises réactions autour de moi, et ça a aussi donné des idées à certaines. Depuis j’ai plein d’amies qui l’ont fait. Surtout des femmes un peu plus jeunes, je pense que c’est rentré dans le champ des possibles de plus de monde. En 2013 ce n’était pas encore très répandu, à New York oui, à Londres pas vraiment, et Paris je n’en parle même pas, la préhistoire ! Et aujourd’hui il y a l’Espagne qui a beaucoup influencé la France, mais à l’époque je ne savais rien de tout cela !

 

"Il faut faire évoluer les mentalités : on ne peut pas attendre des femmes qu’elles mettent de côté leur carrière à cause de leur désir de maternité. Ça devrait aller de pair."

 

Les femmes manquent d’information en France. Seule ma gynéco me disait régulièrement « ne tardez pas, attention, l’horloge biologique tourne ». OK merci, mais à part mettre la pression, vous m’aidez comment ? Je ne peut pas planter ma carrière, je ne peux pas trouver un mari sur catalogue, et je ne tombais pas facilement amoureuse non plus. Tout cela met une pression extrêmement injuste sur les femmes, une grande culpabilité. Je me souviens être allée dans une pharmacie pour demander mes traitements hormonaux à Paris et quand je demande à la pharmacienne combien je lui dois, elle me dit « Ah c’est remboursé par la Sécu, vous savez on est dans un pays où toutes les femmes de 40 ans qui veulent repousser leurs grossesses parce qu’elles veulent consacrer leur vie à leur carrière peuvent le faire, aux frais du contribuable ! ». Elle ne s’est pas rendu compte, c’était d’une maladresse inouïe : en gros pour elle, les femmes qui font le choix de la carrière le font aux frais de la communauté. Venant d’une femme qui avait le même âge que moi et d’une représentante de l’ordre médical… j’étais ahurie.

 

Il faut faire évoluer les mentalités : on ne peut pas attendre des femmes qu’elles mettent de côté leur carrière à cause de leur désir de maternité. Ça devrait aller de pair. On l’accepte bien chez les hommes. J’ai été choquée dans ces moments-là, et à la fois je me rassurais en me disant « ce n’est pas grave, c’est moi qui décide de mon destin, j’ai la chance d’avoir cette opportunité et peut-être de gagner quelques années, de me laisser plus de temps pour trouver la bonne personne ».

J’ai eu de la chance, la ponction d’ovocytes s’est bien passée.  Ça m’a tellement soulagée, j’avais l’impression qu’ils étaient là et que j’avais ce backup. Et honnêtement, rien que pour l’aspect psychologique, ça valait le coup. J’avais 38 ans, et je pouvais gagner un peu de temps.

 

"Ça m’a pris du temps pour me sentir prête. Ça voulait dire accepter que je n’avais pas réussi à faire comme les autres, comme mon éducation m’avait dit de faire. C’est un cheminement."

 

C’est important de le signaler, la PMA n’est pas toujours à portée de toutes, ça demande une organisation, pas mal d’énergie, et ça a un coût. Déjà, il faut être informée. Ensuite il faut avoir le budget, et l’accès a une clinique. C’est un procédé exigeant. Les consultations, les échographies, les traitements, les aller-retours à la clinique, pour certaines en avion... C’est un budget. Et ce sont souvent des femmes seules qui assument l’intégralité de ces frais. Je mesurais bien l’importance d’avoir un bon job qui me permettais d’assumer tout ça.

  

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Je suis rentrée en Paris à tout juste 40 ans. J’ai eu quelques histoires d’amour sans grand avenir.

Ça m’a pris du temps pour me sentir prête. Ça voulait dire accepter que je n’avais pas réussi à faire comme les autres, comme mon éducation m’avait dit de faire. C’est un cheminement. Et puis finalement, en été 2016 (j’avais 41 ans), j’ai pris ma décision. Grace a de belles rencontres d’amis, des évènements qui se sont bien enchainées, l’été m’a donné une force incroyable, et quand je suis rentrée j’étais invincible. Je me suis dit « c‘est maintenant ».

C’est l’été aussi où j’ai rencontré un certain Alban, à un mariage, comme dans les films, un mariage franco-anglais en plus! J’habitais à Paris, lui aussi, il avait un parcours familial assez atypique avec beaucoup de rebondissements. Il m’a raconté tout ça avec beaucoup d‘humour et il m’a plu. Au départ je voulais le présenter à mes copines et finalement je l’ai gardé pour moi (rires) !

J’ai rappelé la clinique de Londres fin août, je me sentais forte et sure de moi. J’étais revenue « chez moi » à Paris, ma famille n’était pas loin, les amis aussi. C’est important d’y aller quand on se sent prête, car pour faire ces démarches il faut avoir pas mal de force. Il faut de la patience, ça ne marche pas toujours, c’est important de se sentir bien, surtout quand on est seule, ce qui était mon cas. Ça a marché pour moi. C’était sans doute le bon moment. Je pense que le corps et l’esprit sont étroitement liés.


"J’ai choisi un profil que j’aurais pu peut-être rencontrer dans la vie, avec qui j’aurais pu avoir des points communs."

 

Puis j’ai commencé toutes les démarches, à distance, j’ai suivi les consignes de ma clinique à la lettre et j’ai choisi un donneur. On me demande souvent « mais comment l’as-tu choisi ? ». C’est le choix le plus incroyable de ma vie. C’est fou de sélectionner quelqu’un comme ça. Quelqu’un qui va définir ce qu’est mon enfant. Mais je me suis laissée porter par la chance et j’avais confiance en moi.

Les banques permettent d’avoir plein de types de critères, plus ou moins détaillés en fonction de ce qu’on paie, c’est assez pragmatique, c’est américain, c’est du business ! Si on le souhaite, on peut avoir des infos sur le physique du donneur, sa famille, son métier par exemple. On peut même avoir des photos de lui bébé, enfant, adulte, des extraits de sa voix... J’ai choisi un profil que j’aurais pu peut-être rencontrer dans la vie, avec qui j’aurais pu avoir des points communs.

 

Ça m’a pris du temps pour me sentir prête. Ça voulait dire accepter que je n’avais pas réussi à faire comme les autres, comme mon éducation m’avait dit de faire. C’est un cheminement.

 

Au fond de moi je le remercie, je me rappelle qu’il existe quelque part, et je lui suis reconnaissante. Mais je n’ai pas envie d’avoir plus d’infos sur lui, j’ai eu la chance de créer ma propre famille depuis.

Après ma décision fin août, il y a eu un mois de préparatif. Ça a été fluide, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai fait une douzaine d’aller-retours chez mon gynécologue à Paris pour faire des échographies tous les deux jours. Je faisais tout ça à vélo entre Trocadéro et Neuilly, à l’heure du déjeuner, entre deux meetings...  Tout cela, je le précise, dans un pays où le prélèvement d’ovocytes et la PMA des femmes seules étaient illégaux. Mon gynécologue a toutefois accepté de me suivre et de risquer une amende de 75 000 euros. Je le vois toujours aujourd’hui et lui redis à chaque fois ma reconnaissance.

Après une échographie satisfaisante, mon médecin a envoyé le feu vert à Londres pour décongeler les ovocytes vitrifiés et lancer la FIV. Et là ont commencé les 7 jours les plus intenses: chaque matin je recevais des nouvelles de l’évolution des embryons. Il en restait 3 quand ils m’ont dit « prenez l’Eurostar, on fait la FIV demain ». C’était un vendredi, « demain samedi on ouvre la clinique pour vous. On sera deux, la nurse et le médecin ». Le médecin était grec il s’appelait Dr Théodoru ça veut dire « don de dieu » je ne l’oublierai pas (rires) ! Le jour de l’opération à Londres, j’étais au bloc avec une petite robe en papier bleue, comme pour les opérations, et j’avais signé un document pour qu’on implante un seul embryon, un seul. Et le jour J, Dr Théodoru me dit :

- On en met combien ? 

- Docteur, on en met un, comme on a dit.

- Are you sure ? (êtes-vous certaine ?)

Et là il m’explique les statistiques, j’ai plus de 40 ans, il y a plus de chances que ça marche si on en met au moins deux. Je n’étais pas au sommet de ma gloire, là dans cette robe en papier. Je me suis projetée dans 10 ans : je me voyais comment ? avec zéro ou avec deux enfants ?  Je lui ai finalement répondu : « OK let’s put 2 then ! » (ok mettez les deux !) Et bien ils sont là tous les deux maintenant (rires)!

Je suis rentrée à Paris avec mes deux petits embryons clandestins. Ça a marché. C’est incroyable. Et je mesure chaque jour la chance que j’ai eue.

Depuis j’ai rencontré beaucoup de filles qui ont fait la démarche d’avoir un enfant seule. On est une sacrée petite bande avec des histoires géniales. Il y des femmes, des médecins vraiment engagés, des tas de gens qui essaient de faire avancer les choses, d’informer les femmes et de faire bouger les lignes.

Quand notre histoire a commencé avec Alban, il ne savait rien de mes démarches. Je n’allais pas dire à quelqu’un que je venais de rencontrer à un mariage et avec qui je démarrais une relation « on ne se connait pas mais j’ai une FIV programmée dans 3 semaines (rires) ! ». J’ai attendu un peu et ne lui ai dit qu’en revenant de la clinique : « je ne suis pas allée faire du shopping à Londres, en fait je suis allée faire une FIV ». Il m’a regardée ahuri, a dit « tu es vraiment incroyable » et il est resté.

Huit mois plus tard, mes deux petits garçons sont nés.

Ils ressemblent à leur Maman et ont un formidable Papa de cœur."