Concilier maternité et vie professionnelle par Valérie

Concilier maternité et vie professionnelle par Valérie


Concilier maternité et vie professionnelle par Valérie

Temps de lecture 5min.  

 

"Je m’appelle Valérie, je suis maman d’un petit Paul qui a 6 mois. Son arrivée n’était vraiment pas prévue, c’est-à-dire que j’avais quitté un poste commercial avec beaucoup d’exigence et surtout d’investissement en temps. Je pense qu’inconsciemment j’avais toujours voulu un enfant, l’instinct maternel a toujours été là je crois, et je ne savais pas forcément le formuler, je le vivais sans me l’avouer véritablement.

C’était inconcevable par rapport à ma vie pro, c’était presque trop d’imaginer ce que pourrait penser ma hiérarchie : comment ça pouvait être reçu dans la mesure où je commençais ce nouveau poste depuis quelques mois seulement… Je me mettais cette pression à moi-même. Dans ma tête aussi, j’étais sûre que j’allais faire partie de ces femmes pour qui ça allait prendre deux ans de concevoir un bébé. Je me disais que si ça arrivait dans 2 ans ce serait l’idéal mais pas avant ! Pour plein de raisons, j’ai arrêté ma contraception et je voulais essayer de calculer mes cycles. Et en fait, je suis tombé enceinte ! 

Ma première réaction, quand j’ai lu le test : je l’ai posé, et je suis allée manger. Je ne savais même pas interpréter ce que j’avais lu (rires), j’ai fait un pseudo déni en me disant : « non mais attend là je suis en train de postuler pour des jobs, c’est pas du tout optimal si je suis enceinte. » Je ne voulais pas y croire !  Et là, hop première culpabilité en tant que future maman, c’est pas du tout la réaction que j’aurais voulu avoir ! J’imaginais de la joie, quelque chose de beaucoup plus tranché, plus simple !

J’ai fait le test toute seule, et comme mon mec était en déplacement à Nancy je lui ai écrit en lui disant « je prends un train tu me manques, il faut que je te voie, j’arrive » j’ai pris un train et en fait je n’ai pas du tout géré l’annonce, j’étais tellement paniquée ! J’avais pris le test avec moi, et je l’ai retrouvé au niveau d'un parking, il voulait m’emmener dans un super resto étoilé, et je me suis dit « non, je ne peux pas faire ça là-bas » donc au final je lui ai balancé la news comme ça ! Je ne pouvais pas attendre deux jours de plus... et il était tellement ravi !

Après cela, j’ai très vite commencé à me poser pas mal de questions : « ok Valérie, tu as 31 ans t’es enceinte, c’est top, en soi ça fait 7 ans que t’es avec ton mec, super, il est hors de question d’avorter, tu veux un enfant. En revanche tu recherches un job donc comment on aborde la grossesse avec cette perspective de boulot ? Comment on gère le truc ?»

 

"Quand on cherche un travail et qu’on est enceinte : que fait-on en fait ?"

 

Je suis d'une nature organisée, j’ai l’habitude d’anticiper, de prévoir… je n’aurais jamais imaginé me trouver dans une telle une situation pour ma première grossesse ! et même encore aujourd’hui c’est un vrai challenge quand je dois postuler, que mon bébé pleure et qu’il faut le nourrir mais que je suis en train de faire mon CV ! Je culpabilise de ne pas profiter de lui à 100% en fait, je me dis parfois que j’aimerais tellement être comme ces femmes qui prennent 4 mois de congé maternité tout en sachant qu’il y a leur poste qu'elles retrouveront derrière, en toute sérénité. Et aujourd’hui, sereine, je ne le suis pas vraiment.

Quand on cherche un travail et qu’on est enceinte : que fait-on en fait ? Toutes ces histoires sur ces femmes qui sont enceintes et qui postulent à des jobs - on voit d’ailleurs parfois passer des posts sur LinkedIn à ce sujet - qu’est-ce qu’on fait dans ce cas de figure ? J’ai postulé un peu mais j’ai moins postulé...  je me suis autocensurée finalement, surtout avec un profil commercial, avec la forte dimension liée aux déplacements déconseillés après 6 mois et avec la fatigue de la grossesse. J’ai quand même essayé bien sûr, j’ai eu des entretiens où j’annonçais directement que j’étais enceinte. La transparence est vraiment ma façon de fonctionner :  quand je recrutais moi-même du staff en Australie, je me rappelle d’une femme qui m’avait dit « je vais faire une FIV » et ça n’a jamais été un problème « et bien vous savez ? faites une FIV, c’est super ! Je vous souhaite bon courage et on va s’arranger, moi en tout cas je veux quand même vous prendre  ! »  on s’organise, on peut toujours s’organiser. Lorsque je vivais là-bas, j’ai remarqué que les choses liées à la maternité étaient gérées différemment – je ne dis pas que c’est mieux mais il y a quelque chose de plus naturel, le fait de vouloir, d’attendre ou d’avoir un enfant constituent moins un frein qu’ici en France je trouve. 

 

C’est sûr qu’ici on part des 11 jours de congé paternité, même si les choses se sont améliorées récemment, et là tu te dis « ok mais si c’est moi l’ambitieuse du couple comment je fais ? »  Cette question du travail a généré énormément de stress :  j’étais stressée et paradoxalement j’avais énormément de temps pour m’occuper de moi.  J’ai pu faire des trucs sympas, notamment du yoga, du yin yoga entre autres. J’ai eu la chance d’avoir une super grossesse : on a beaucoup voyagé avec mon mec, j’ai eu très peu de nausées, j’ai pu bouger, à part pendant le confinement bien sûr ou ça a été plus difficile, parce que j’avais besoin de marcher !

Au sujet de l’accouchement :  j’appréhendais énormément ! Je savais que je voulais éviter l’épisiotomie à tout prix, et pour me préparer j’ai beaucoup écouté Bliss stories entre autres. Comme j’avais peur j’ai beaucoup fait de yoga, d’acupuncture, de sophrologie. J’ai été déclenchée grâce à l’acupuncture d’ailleurs ! Et comme j’en avais aussi assez d’entendre autour de moi que ce n’était pas normal que le bébé mette autant de temps à arriver j’ai fait plusieurs séances, et ça a bien fonctionné ! On me disait « mais ce n’est pas normal, peut-être que tu ne bouges pas assez, tu fais le ménage ? tu te bouges ? parce qu’il ne vient pas ton bébé ! » comme si c’était de ma faute et que j’étais feignante. Ou encore les dix mille messages que je recevais : « alors tu as accouché ? « Toujours pas de bébé en vue ? » bah non en fait toujours pas (rires). Donc acupuncture pour mettre fin à tout ça !

 

"En tout cas c’est là où j’ai réalisé la force d’une femme qui accouche, qui a mal et qui prend les choses en main, qui n’abandonne pas. C’est là où j’ai réalisé qu’on était des guerrières."

 

Et là un parcours de dingue a commencé :  36 heures de travail, avec péridurale un peu compliquée et un contexte très anxiogène à cause du Covid, tous masqués avec en prime une sage-femme débordée avec qui je n’ai pas bien accroché. Je n’ai pas aimé son approche et le fait qu’elle banalise complètement ma douleur :  l’anecdote c’est que j’ai énormément insisté pour faire venir l’anesthésiste car j’avais vraiment très mal et quand il est venu, il a constaté que la péridurale était débranchée en fait… donc elle ne pouvait pas faire effet.  Du coup, perte de confiance totale en la sage-femme !  Une demi-heure avant de pousser j’étais au bout de ma vie, à bout de souffle d’avoir déjà trop souffert, avec une seringue qui se met à clignoter et qui me fait paniquer, un bébé qui ne veut pas sortir du coup le gynéco qui arrive et me dit très naturellement « bon vous avez mal, mais ce n’est pas nécessaire de remettre une péridurale », et là j’avais l’impression d’être d’un coup en négo je lui ai dit : « alors ça fait 36 heures que je suis ici, si j’avais voulu un accouchement naturel sans péri je pense que je l’aurais dit pendant mon entretien prénatal, donc j’aimerais que vous appeliez l’anesthésiste tout de suite et que l’on fasse quelque chose ! » j’ai négocié mon accouchement en fait (rires) !

En tout cas c’est là où j’ai réalisé la force d’une femme qui accouche, qui a mal et qui prend les choses en main, qui n’abandonne pas. C’est là où j’ai réalisé qu’on était des guerrières. Et puis j’ai rencontré mon fils, et le premier truc que je me suis dit c’est qu’il ne me ressemblait pas du tout ! Ni à son père !

 

J’ai accouché à 8h du matin, le temps que le bébé soit lavé etc., à 11h ils ont dit à mon mec de partir et de revenir plus tard dans l’après-midi : ça c’était très dur. Je n’imaginais pas du tout ça pour une première grossesse. Et le post-partum a été une période particulière : j’ai eu beaucoup de douleurs, j’ai souffert des séquelles de l’accouchement. Je me suis quand même sentie soutenue par mon mec où il prenait tout en charge avec moi :  pour changer la couche, m’apporter le bébé la nuit pour que je l’allaite, etc…

 

"Il y a un truc que j’aimerais dire aux autres mamans : c’est normal de prendre du temps à connaître son enfant, à le rencontrer vraiment, l’amour grandit tout en le découvrant."

 

D’ailleurs j’ai eu beaucoup de plaisir à allaiter j’ai trouvé ça génial. Le post-partum mentalement j’ai trouvé ça difficile, tu acceptes une nouvelle vie, tu n’es plus seule, tu t’abandonnes complètement à ton bébé, il est là, il est là tout le temps, du jour au lendemain… je m’imaginais à me remettre à postuler directement limite le lendemain (rires) mais j’ai du coup mis 3 mois à me dire « il est temps de refaire mon cv » je n’avais pas vu le truc venir, je me mettais pas mal la pression de me dire « ca y est j’ai accouché, j’ai attendu ce moment, j’ai passé des entretiens, ça a été difficile de dire que j’étais enceinte, de sentir que c’était un frein, là ça y est, il est là, on avance mais ce n’est pas si simple, de s’organiser, de se libérer du temps ». Je ne pensais pas mettre autant de temps.

J’aurais bien aimé qu’on me parle de tout ça. Il y a un truc que j’aimerais dire aux autres mamans : c’est normal de prendre du temps à connaître son enfant, à le rencontrer vraiment, l’amour grandit tout en le découvrant. Les premiers jours c’était comme un corps étranger pour moi. J’ai aussi eu du mal cet été après l’accouchement à me mettre en maillot : au total j’ai dû en porter un une ou deux fois ! Je garde des traces de la grossesse que j’ai du mal à accepter, je commence un peu le process de reprise de confiance et pourtant je n’avais pris que 11 kg !

 Et il y aussi tout ce qu’on ne dit pas : chute des hormones, perte de cheveux … je ne savais pas tout ça ! Pourtant je m’intéresse à ces sujets : les cosmétiques, les soins, et malgré tout j’ai eu du mal à trouver de l’info. Ça m’a manqué. A partir du 6e mois de grossesse, je me suis dit qu’il fallait faire attention aux produits et d’aller vers du clean, du bio.  Ça va de pair avec la maternité, tu es dans un process ou tu réalises que tu vas devenir maman.

Là je suis très heureuse, je suis folle de mon bébé, je le vis différemment maintenant par rapport au tout premier jour. Alors, chacune son rythme !"